Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
11 avril 2012 3 11 /04 /avril /2012 10:07

50 ANS D’ERREURS GEOSTRATEGIQUES DES DIRIGEANTS AFRICAINS : L’EXEMPLE DE LA BANANE 

de Jean-Paul Pougala(*)

L’histoire retient que le traité de Rome instituant la Communauté
Economique Européenne a été signé le 25 Mars 1957. Ce qui ne figure
pas dans les livres d’histoire est que cette signature était
initialement prévue pour le 21 Mars 1957 et qu’elle a été repoussée de
4 jours. Oui, les livres d’histoire (tous écrits par les Européens) ne
s’attardent pas sur ce détail, pourtant très important pour un
Africain. Il faut donc aller creuser dans les mémoires laissés par
certaines personnalités présentes à cette cérémonie pour découvrir que
la date a été repoussée de 4 jours à cause de la banane. Oui, je sais
que cela peut prêter à sourire, mais c’est très sérieux. Car c’est le
début d’une stratégie globale dont l’objectif de fond était la
pérennité de l’économie coloniale, même au-delà des indépendances
africaines.. Il a fallu 4 jours de négociation pour trouver comment
l’économie de rente coloniale, au service de certains pays allait
persévérer même avec la nouvelle union en création. En Italie, il y
avait de fait un monopole d’état sur la banane en provenance de sa
colonie, la Somalie et en France depuis 1932, il existait une sorte de
task-force pour approvisionner le pays de la banane provenant de 5
colonies : Cameroun, Côte d’Ivoire, Madagascar, Martinique et
Guadeloupe.

La banane se révèle ainsi dès le Traité de Rome comme un instrument de
contrôle géostratégique sur les Etats africains, même avant leurs
indépendances ensuite reconnues par leurs bourreaux. Et parce qu’en
1960, la France sera obligée de reconnaitre l’indépendance des 3
premiers pays, tout sera fait pour que ce soit les populations
françaises restées dans ces ex-colonies à s’occuper de la banane,
orientant la population locale vers des cultures de loin, moins
rentables comme le coton, le café et le cacao. Nous allons voir
comment.

A- LA RENTABILITE DE LA BANANE
La banane est le fruit le plus rentable au monde parce que sa récolte
est hebdomadaire et se pratique toute l’année. Son rendement effectif
passe de 20 tonnes à l’hectare pour la banane Bio au Sénégal selon les
chiffres fournis par l’APROVAG l’organisation de producteurs APROVAG,
Tambacounda au Sénégal, à 60 tonnes par hectare dans les serres
marocaines, selon les chiffres fournis par l’Institut Agronomique et
Vétérinaire Hassan II de Rabat au Maroc. En comparaison, le cacao
produit à l’hectare 300 kg, selon les chiffres fournis par le CNRA,
Centre National de Recherche Agronomique de Côte d’Ivoire, rendus
publiques par Monsieur Lancine Bakayoko le 27/10/2009, c’est-à-dire
qu’à cause des choix erronés des économistes et politiciens ivoiriens,
depuis la pseudo-indépendance, un agriculteur ivoirien de cacao est
200 fois plus pauvre qu’un agriculteur marocain de la banane. C’est
encore pire pour le café. Selon une étude très sérieuse réalisée par
l’IRCC l`Institut de Recherches du Café et du Cacao de Côte d’Ivoire,
entre 1969 et 1982, on obtient dans la zone de Gagnoa une moyenne
pondérée de 180 kg de café à l’hectare, c’est-à-dire que les
économistes et politiciens Ivoiriens ont sciemment réduit à la misère
des paysans de 333 fois pire que leurs homologues, paysans marocains.
On retrouvera la même situation presqu’à l’identique partout ailleurs
en Afrique subsaharienne.

B- LA GESOTRATEGIE DE LA BANANE
La Banane est le fruit le plus consommé au monde. Selon les chiffres
fournis par le Monde Diplomatique du mois d’Octobre 1996, par Ghislain
Laporte, on en produisait 52 millions de tonnes en 1996 (100 millions
de tonnes en 2011). Et les deux principaux producteurs, l’Inde et la
Chine, consommaient la totalité de leur production. Ce qui restait 11
millions de tonnes sur le marché international dont 4 millions de
tonnes allaient vers l’Union Européenne. Et dont les 2/3 contrôlés par
deux multinationales américaines, United Brands Company (marque
Chiquita) et Castel & Cooke (marque Dole), et une mexicaine : Del
Monte.
Ce qui est détestable sur ces chiffres ce sont deux éléments essentiels :

1- La totalité de 79 pays dit ACP(Afrique, Caraïbes et Pacifiques) à
qui l’Union Européenne fait miroiter un avantage incontestable avec la
convention de Lomé, Cotonou, fournissent à peine le double (857.000
tonnes) des toutes petites iles espagnoles des Canaries (420.000
tonnes). A peine 4 fois plus que la minuscule Martinique, avec 1.100
km2 et 382.000 habitants qui elle a fourni l’UE pour 220.000 tonnes de
bananes, contre les 802 millions d’Africains Subsahariens (chiffres
2007).

2- Pire, la quantité des 79 pays ACP est le tiers de la quantité
livrée à l’UE par l’Amérique du Sud qui ne bénéficie nullement des
mêmes conventions, soit 2,5 millions de tonnes.

Il en ressort de ces 2 points, une volonté de détourner l’Afrique des
productions rentables comme la banane qui ne doivent selon cette
logique purement coloniale, (même à plus de 50 ans de la
reconnaissance par l’occident des indépendances africaines),
réservant la production sur le sol africain, exclusivement aux
occidentaux.
L’erreur des gouvernants africains a été de demeurer dans cette
logique coloniale de croire qu’il n’existe autre vérité au monde que
celle qui viendrait de l’Union Européenne et qui porterait à une
passivité totale, faisant croire qu’il n’existe que le marché de l’UE.
A les anesthésier dans cette passivité, sont arrivées des
Organisations Non Gouvernementales (ONG), dites écologiques qui ont
toutes vanté l’urgence de sauver la forêt africaine, mais dont le vrai
rôle était celui de détourner les Africains de l’exploitation de cet
espace vital pour la création des plantations d’innombrables
productions bananières pouvant perturber le très juteux business de la
banane sur le marché mondial et garantir une véritable autonomie
financière de l’Afrique. Cet exemple de la banane est très
symptomatique de cette situation qui est arrivée à la contradiction
des pays comme le Sénégal qui ont négligé leur propre production
interne de bananes pour en importer.

C- POURQUOI LA BANANE ?
Plusieurs institutes de recherches sont unanimes sur le caractère
exceptionnel des nutriments que renferme un doigt de banane mur :
Riche en potassium, la banane est un médicament contre l`hypertension.
Il est aussi indiqué dans la médecine douce dite naturelle contre
l’ulcère d’estomac, la diarrhée. Riche en fer, la banane stimule la
production d’hémoglobine, ce qui contribue à diminuer l’anémie. La
banane contient la vitamine B6, dont le role est de réguler le glucose
dans le sang.
Même en se passant de l’exportation, l’Afrique aurait dû développer
une large assiette interne des consommateurs de banane, car ce qui
fait priser ce fruit, c’est sa forte teneur en vitamine C. Et une
ration d’un seul doigt de banane par jour suffirait pour combler les
besoins en vitamine C des enfants africains. Et il existe un gros
grand marché en Afrique même, vue le fort taux de populations
enfantines et les besoins d’apport des vitamines.

D- LE CERVEAU DES AFRICAINS EST-IL EN SOMMEIL ?
Sur les 55.000 tonnes de bananes vendues dans le monde en 2010, 40%
étaient produites en Asie, 27% en Amérique du Sud et seulement 13% en
Afrique. Là il s’agit de la banane dite dessert, c’est-à-dire, la
banane mangée comme fruit, la banane mure. Mais selon les chiffres
fournis par la FAO, en 1995 il a été produit dans le monde 24.000
tonnes de banane à cuire dite verte, 17.000 tonnes étaient produites
en Afrique, c’est-à-dire 71% et 4.000 tonnes en Amérique du Sud,
c’est-à-dire 17%. On peut dès lors déduire que si les Africains ne
produisent que les 13% de la banane mondiale, ce n’est pas à cause de
leur incapacité mais à leur état de passivité mentale aptes à soigner
les intérêts économique de l’Occident dès lors qu’il s’agit d’avoir
affaire au marché ; mais pas les leurs, puisque lorsqu’il s’agit de
produire pour se nourrir, lorsqu’il s’agit de satisfaire à un instinct
de survie, ils battent tous les records mondiaux. On peut donc dire
que le cerveau des Africains semble en sommeil lorsqu’il s’agit de
produire pour vendre, pour vendre hors de l’Union Européenne. Ils sont
alors à la merci des conseils savamment erronés que lui prodigue
l’Union Européenne, c’est-à-dire la décourager à produire la banane
pour la commercialisation, à moins que cette dernière ne soit
entièrement sous le contrôle des entreprises occidentales installées
en Afrique.

En 2007, 65% de la banane vendue sur le marché mondial provenaient de
deux pays qui étaient auparavant, champions du café et qui ont tous
les deux détruit les champs de ce maudit café, pour passer à la banane
et c’est la Colombie et le Costa Rica. C’est ce qui a fait que la
même année, sur les 10 pays plus gros exportateurs de la banane au
monde, 7 étaient de l’Amérique du Sud, permettant à cette partie du
monde de contrôler les 95% de la banane exportée dans le monde.
Pendant ce temps, les Africains se préparaient à fêter les 50 ans
d’indépendance, mais avaient toujours des difficultés à se défaire du
commandement colonial de ne s’occuper que du café, du cacao et du
coton, un autre produit tristement célèbre lié aux déportations des
Africains vers l’Amérique pendant 4 longs siècles.

En 1978, le Maroc décide d’interdire l’activité d’importation de la
banane. Le Roi avait tout simplement compris que la banane pouvait
être un instrument de géostratégie entre les mains du royaume. Et
malgré les conditions climatiques défavorables comme (contrairement au
Congo ou au Cameroun), le Roi décide de créer des serres équipées et
prêtes à produire avec des lotissements de 1,53 hectares donnés en
location à un prix dérisoire à ses citoyens. Le Maroc qui importait
chaque année 24.000 tonnes de banane en 1978, dès 1982 est capable de
satisfaire sa demande interne au niveau d’avant l’interdiction. Selon
un rapport publié par 3 professeurs : Skiredj, Walali et Attir de l’
Institut Agronomique et vétérinaire Hassan II de Rabat, des 2 hectares
de démarrage de la campagne 1980/81, on est passé à 2.700 hectares en
1996 et 3.500 hectares en 2011, avec une production annuelle de plus
de 100.000 tonnes de bananes

E- QUE FAUT-IL FAIRE ?
La politique d’approche doit être radicale et en 3 directions :

1- 40% de la banane produite en Afrique pourrit par manque de marché à
l’international. Pour y remédier, il faut procéder comme on l’a fait
au Maroc : stimuler et organiser le marché intérieur en collectant
systématiquement toute la banane-dessert disponible chez les petits
producteurs pour les conserver dans les Murisseries desquelles les
bananes sortiront muries dans les quantités correspondant à la demande
du marché interne.

2- Démocratiser la production de la banane en créant de petites
parcelles de plantation. C’est la seule possibilité pour rompre avec
les pratiques coloniales de l’esclavage des plantations de banane
qu’on observe encore de nos jours, non seulement en Afrique, mais
aussi en Martinique et en Guadeloupe où la culture de la banane est
solidement et exclusivement entre les mains des descendants d’anciens
esclavagistes.

3- Pour produire, il faut savoir vendre. Le marché international de
l’aviation comme des jouets répondent à des logiques spécifiques à
chaque pays, à chaque produit et à chaque culture. Il faut avoir la
flexibilité d’esprit de comprendre que le monde ne se limite pas à 4
pays Européens, fussent-ils les plus riches. Il existe une très forte
marge pour le développement de la consommation de la banane dans de
nombreux pays comme la Russie, l’Iran, la Turquie etc…

Source : cameroolink


Partager cet article

Repost 0
Published by Lijouom Chetou
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Le blog de Lijouom Chetou
  • : actualité, espace de culture, tourisme et échanges
  • Contact

Recherche

Liens